Religion et absolu
Sans vouloir jouer les prophètes, j'estime peu probable une disparition pure et simple des religions. Dans mon précédent article, j’expliquais – en reprenant Durkheim – que toute religion comporte à la fois une dimension sociale et un certain rapport avec le sacré. Or, ces deux caractéristiques paraissent correspondre à un besoin fondamental de l’esprit humain. Nous autres hommes sommes des animaux sociaux, pour le meilleur comme pour le pire. Même le narcissisme pathologique d’un Sarkozy ou d’un Berlusconi, même la rapacité infinie des grands patrons et des gros actionnaires sont des illustrations, certes paradoxales, de la sociabilité humaine. Le narcissique méprise sans doute les autres, mais en même temps il en a besoin : le regard d’autrui est pour lui un miroir dans lequel il peut se contempler. Il en va de même pour l’avarice : car si on chercher à accumuler toujours plus d’argent, ce n’est pas seulement à cause du confort qu’il peut apporter : c’est parce qu’il est un moyen d’être respecté, envié, admiré…
Bien entendu, il ne suffit pas d’être sociable pour être religieux. Beaucoup d’amitiés, d’associations, de partenariats, ne reposent pas sur des croyances ou des pratiques ayant un caractère sacré. Seulement, il est permis de se demander si une société peut subsister longtemps si elle ne se réfère pas à quelques principes qui soient à la fois communs et intangibles. L’être humain a besoin d’agir d’après des valeurs morales et sociales, d’après une certaine idée du bien et du mal. Et il ne peut pas sans arrêt mettre en doute cette idée, sous peine d’être paralysé. Aussi se raccroche-t-il, comme à une bouée de sauvetage, à des principes qu’il juge objectifs, absolus, à la fois Vrais et Bons. Et ce qui lui donne cette impression d’objectivité, c’est justement qu’il n’est pas le seul à penser ainsi : de nombreux hommes partagent sa croyance.
